
Les startups suisses ont levé 3,3 milliards CHF en 2025 selon l’EY Startup Barometer, soit un milliard de plus que l’année précédente. Cette reprise masque une recomposition profonde des flux de capitaux, où l’intelligence artificielle et le hardware redessinent la carte sectorielle du venture capital helvétique.
Hardware et capital-risque en Suisse : le quatrième pilier que les synthèses ignorent
Le Swiss Venture Capital Report 2026 révèle un basculement structurel. Au premier semestre 2026, les startups hardware ont levé plus de 324 millions CHF, en hausse de 60 % sur un an, un record historique pour ce segment. Nous observons ici l’émergence d’un quatrième pilier aux côtés de la biotech, de l’ICT et de la cleantech.
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Cette dynamique tranche avec le recul global des montants investis sur la même période (environ 1,25 milliard CHF au S1 2026, en baisse de 15 à 16 % par rapport au S1 2025). Le hardware attire précisément parce qu’il répond à des contraintes industrielles tangibles : robotique de terrain, capteurs pour l’agriculture de précision, composants pour la mobilité électrique.
Le canton de Vaud concentre à lui seul environ 330 à 336 millions CHF investis au premier semestre 2026, au niveau des années record 2021-2022. L’écosystème vaudois bénéficie de la proximité de l’EPFL et d’Innovaud, mais aussi d’un tissu de sous-traitants industriels capables de prototyper rapidement. Pour suivre ces évolutions de financement et les créations de startups récentes, le site Startup Café en Suisse agrège les actualités sectorielles francophones.
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Startups IA en Suisse : 1,1 milliard CHF et une concentration sectorielle inédite
L’intelligence artificielle a capté près de 1,1 milliard CHF en 2025, soit une hausse de 206 % en un an. Ce montant représente environ un tiers des tours de financement de l’ensemble de l’écosystème startup suisse sur la période.
Cette concentration n’est pas un effet de mode. Elle reflète la maturité de la recherche académique suisse en IA, portée par l’ETH Zurich, l’EPFL et l’IDSIA. Les startups qui lèvent ne sont pas des wrappers d’API : elles développent des modèles propriétaires appliqués à la santé, à la finance ou à la logistique industrielle.
Profils de startups IA qui attirent le capital
Trois catégories se détachent dans les tours récents :
- Les startups d’IA appliquée à la santé (HealthTech), qui exploitent des jeux de données cliniques issus de partenariats hospitaliers suisses pour entraîner des modèles de diagnostic ou de découverte moléculaire
- Les plateformes d’automatisation pour l’industrie financière (FinTech), qui intègrent des couches d’IA générative dans les processus de conformité réglementaire et de gestion d’actifs
- Les solutions de robotique autonome, à cheval entre hardware et IA, où la Suisse dispose d’un avantage compétitif lié à ses laboratoires de recherche en robotique
Le programme Venture Leaders Technology 2026, organisé par Venturelab avec l’EPFL, l’ETH Zurich et plusieurs partenaires privés, a d’ailleurs sélectionné dix startups technologiques suisses pour une mission en Silicon Valley. Plusieurs de ces startups combinent IA et hardware, confirmant la convergence entre ces deux segments.
Création d’entreprises en Suisse au S1 2026 : signaux contradictoires
Les données de Startups.ch montrent une progression des créations d’entreprises au premier semestre 2026, malgré un contexte macroéconomique tendu à l’international. Juin 2026 a enregistré une forte progression pour clôturer le semestre.
Ce dynamisme entrepreneurial coexiste avec un recul des montants de venture capital. Davantage de startups se créent, mais les tickets moyens baissent. Plusieurs hypothèses expliquent ce décalage : les coûts de lancement ont diminué grâce aux outils SaaS et à l’IA générative, ce qui permet de démarrer avec moins de capital initial. Le seuil d’entrée pour tester un produit minimum viable s’est abaissé.
Innosuisse continue de financer des projets d’innovation pour startups, mais nous observons un glissement des demandes vers des projets plus courts et plus ciblés, notamment dans les domaines de l’engineering et de la qualité logicielle.

Deep tech et cleantech suisses : financement en recomposition
La deep tech reste un marqueur fort de l’écosystème suisse. Les institutions de recherche (EPFL, ETH Zurich) alimentent un pipeline de spin-offs dans la biotechnologie, les matériaux avancés et l’énergie. Mais le profil de financement évolue.
Les fonds se concentrent sur des startups plus proches de la commercialisation. Les tours de série A et B progressent en proportion, tandis que les financements d’amorçage stagnent. Cette tendance reflète une aversion au risque accrue des investisseurs, qui privilégient des entreprises ayant déjà validé leur marché.
Cleantech et critères ESG dans les due diligences
Les startups cleantech bénéficient d’un intérêt structurel lié aux engagements climatiques suisses. La blockchain commence à être utilisée pour le suivi ESG dans les chaînes d’approvisionnement, un créneau où plusieurs jeunes entreprises suisses se positionnent.
Le rapport entre innovation de rupture et viabilité commerciale devient le critère discriminant. Les startups qui lèvent sont celles qui démontrent un processus de mise sur le marché réaliste, pas seulement une prouesse technologique de laboratoire.
Écosystème startup suisse : les relais de croissance à surveiller
Au-delà de l’arc lémanique et de Zurich, des pôles secondaires montent en puissance. Le canton de Berne développe son écosystème avec des structures d’accompagnement dédiées. Genève s’appuie sur la FONGIT pour soutenir l’innovation technologique locale.
- Venturelab structure les parcours d’internationalisation avec ses programmes Venture Leaders, qui envoient chaque année des délégations suisses dans les principaux hubs technologiques mondiaux
- Le TOP 100 Swiss Startup Award, publié annuellement, sert de baromètre pour identifier les entreprises les plus prometteuses tous secteurs confondus
- Les Startup Nights à Winterthour rassemblent l’écosystème germanophone et facilitent les connexions entre investisseurs et fondateurs en phase early-stage
La Suisse reste le pays européen avec la plus forte densité de startups deep tech par habitant. Le défi pour 2026-2027 n’est pas de créer plus d’entreprises, mais de convertir l’avance technologique en parts de marché internationales, un processus qui exige des tours de financement plus importants et des équipes commerciales renforcées.